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VOICI QUELQUES EXTRAITS D’UN LIVRE A PARAITRE


CERTAINS CHAPITRES ONT ETE EFFACES PUISQU'ILS FERONT L'OBJET D'UNE PUBLICATION CHEZ UN EDITEUR 




 

Manuel de méditation laïque dans un environnement de travail. [1]

 

 

 

POUR CULTIVER SERENITE ET EFFICACITE AU TRAVAIL

 

 

 

Apport et pratique de la méditation en vue de la performance professionnelle

 

 

Par Louis GENET[2]

 

 

 

« La méditation est un des arts majeurs dans la vie,

 

peut-être l'art suprême,

 

et on ne peut l'apprendre de personne: c'est sa beauté.

 

Il n'y a pas de technique, donc pas d'autorité.

 

Lorsque vous apprenez à vous connaître, observez-vous,

 

observez la façon dont vous marchez, dont vous mangez,

 

ce que vous dites, les commérages, la haine, la jalousie,

 

- être conscient de tout cela en vous, sans option, fait partie de la méditation. »

 

 

Krishnamurti

 

 

 

Le présent manuel ne vise pas à apporter des techniques mais des sortes de routines, des moyens mnémotechniques et de gestion de ses pensées, des « trucs » pour aider la personne à méditer dans un contexte professionnel.

 

Il s'agit de méditation laïque, c'est à dire sans référence à une croyance religieuse en un dieu: elle utilise essentiellement la concentration du mental sur le corps et la respiration.

 

C'est évidemment toujours plus facile lorsque la décision de méditer est prise, dans un moment de détente, de s'asseoir et de mettre en place un rituel pour commencer une méditation.

 

Dans un contexte de travail, non seulement le temps de préparation est plus court, s'il existe, mais en outre les sollicitations de l'environnement – les bruits, les lieux et l'interaction avec les personnes impliquées dans le travail – empêche souvent l'affectation de l'activité mentale à une autre chose que l'exercice de son métier.

 

Les suggestions pour focaliser l'activité de l'esprit sur les moyens propres à la méditation sont donc d'autant plus nécessaires que le contexte dans lequel la méditation s'inscrit n'est pas favorable.

 

Les propositions d'attitudes, de visualisations ou de concentration qui vont être exposées s'inspirent essentiellement des méditations guidées du docteur Jacques Vigne[3] lors de ses séminaires. La plupart de ces méditations sont en libre accès sur son site "www.jacquesvigne.com".

 

Il m'a semblé utile d'en assurer une diffusion écrite. Le présent travail est  essentiellement un travail de mise par écrit et de reformulation de l'enseignement oral de Jacques Vigne.

 

C'est pour moi une manière d'exprimer ma gratitude à celui que je qualifierai de "swami", c'est à dire de sage.[4]

 

Puissent ces suggestions inspirer le lecteur comme elles m'ont inspiré.

 

Si l'essentiel des propositions et des idées décrites dans ce livre ont été inspirées par les séminaires animés par Jacques Vigne auxquels j'ai participé - quand ce n'est pas la reproduction quasi mot à mot des méditations qu'il a guidées[5] - , il a cependant été fait  référence très épisodiquement à d'autres auteurs comme par exemple Chade Meng Tan[6], ingénieur chez Google qui a promu la médiation dans son entreprise, notamment chez ses collègues ingénieurs, Deepak Chopra ou Arnaud Desjardins[7].

 

Les idées et les techniques décrites dans ce livre n'engagent donc pas la responsabilité ni de Jacques Vigne, ni des auteurs évoqués.

 

 

Qu'est ce que la méditation ?

 

 

Méditer, ce n'est pas se vider la tête: c'est avoir un autre rapport à ses pensées automatiques.

 

Définir la méditation est une tâche impossible: c'est comme dans le préambule du Tao Te King[8] selon lequel "le tao que l'on peut nommer n'est pas le tao": la méditation, comme le tao, se pratique, s'expérimente mais ne peut se définir, ni par les exercices, ni par son but.

 

Le pratiquant peut aussi bien viser la relaxation et le bien être personnels - le corps et le mental - que les relations proches ou lointaines - l'interpersonnel - ou peut également souhaiter progresser sur la voie de la sagesse, jusqu'au "nirvana"[9], pour atteindre l'éveil - le transpersonnel: la nature, l'univers, le mystique -.

 

Plutôt que de gloser sur les bénéfices de la méditation, aujourd'hui scientifiquement prouvés - ou son point d'aboutissement -, pratiquer d'abord, c'est découvrir les difficultés mais aussi l'évolution qui s'opère, chaque jour un peu plus.

 

Le Bouddha dit à son fils qui lui demandait des conseils sur la manière de méditer: "médites, tu sentiras d'abord la paix et ensuite la joie".

 

En s'inspirant du bouddhisme tibétain, lorsque l'on se pose la question de l'intérêt de la méditation, il faut éviter huit obstacles "classiques" dont on apercevra l'actualité alors que ces réflexions datent de plusieurs siècles:

 

 

Ne pas rechercher l'agréable, ne pas écarter le désagréable

        

 

Si le méditant cherche à amadouer son stress, à éliminer ses pensées négatives, pour seulement en retirer un bénéfice de "bien être", à un moment ou à un autre, dans la méditation, les facteurs négatifs vont inévitablement réapparaître, souvent plus forts et plus présents: le méditant va se décourager, imaginant que le but ne peut être atteint par ce moyen.

 

La méditation n'est pas une machine à produire des expériences agréables: elle vise à dépasser cette dualité, pour atteindre quelque chose comme la stabilité.

 

L'allégorie du taureau guidé par une petite fille pour l'amener aux champs, qui le tient par une corde nouée à un anneau  dans ses narines, est illustrative: si la petite fille tire sur la corde vers la gauche, cela fait mal au taureau qui tourne la tête et son corps suit du côté que veut la petite fille. Si le taureau "voyait plus loin que le bout de son nez", il pourrait se libérer et se libérer de son guide sans difficulté.

 

La méditation sert à maîtriser cette nature animale en nous qui se préoccupe de l'immédiateté de l'agréable et du désagréable, de l'attachement et de l'aversion. Notre mental oscille en permanence entre ces deux pôles et la méditation permet de dépasser ces couples de contraires.

 

Une des manières de dépasser ces contraires lorsque l'on médite est de ne pas changer tout de suite de posture lorsque l'on sent une petite douleur, pour fuir le désagréable et rechercher le confort: on peut chercher la stabilité en allant au-delà de la douleur.

 

Lorsque l'on fuit la souffrance, on fuit vers la souffrance, dit le sage. Quand on change de posture, il ne faut pas le faire par paresse ou par agitation mentale: aller au delà de la sensation immédiate, en remarquant par exemple les changements dans le ressenti, permet de s'accommoder de la douleur et, à terme, de la maîtriser.

 

Ramana Maharshi que l'on opérait à vif d'un cancer du bras répondit à la question de savoir s'il avait mal: "c'est comme les piqûres d'un million de scorpions, mais elles sont pour le corps, pas pour moi". Manière de dire - et de vivre - que l'on est autre chose que son corps: bien le connaître permet de dépasser l'immédiateté de la sensation pour atteindre une sorte de calme intérieur.

 

Le juste milieu entre la chaleur et le froid ne sera pas la tiédeur: c'est le dépassement de ces états contraires.

 

Dans un contexte de travail, le moyen de mettre en pratique ces principes est de s'arrêter, physiquement si c'est possible en s'isolant, mentalement de toutes manières, en prenant conscience de son activité mentale, de ses émotions et de ses sensations, c'est à dire des messages que nous adresse le corps et le cerveau.

 

L'idée n'est pas d'éliminer ou de fuir ce qui provoque le stress, les contrariétés ou les éléments perturbateurs dans l'environnement professionnel mais de se centrer sur son corps - et d'abord sur sa respiration - par les techniques qui vont être évoquées par la suite.

 

C'est pour cette raison que ces techniques ont leur efficacité: s'il est difficile de méditer dans un environnement professionnel - c'est à dire agité - en se forçant à "ne rien faire" et en "ne pensant à "rien", l'attention et la concentration mentale dirigées par exemple sur la posture du corps, la position de la langue ou à l'ouverture des narines vont constituer des aides concrêtes pour "entrer" en méditation. 

 

Ce changement du pilotage de l'attention ne se voit pas de l'extérieur puisque l'exercice porte sur ce qui "dirige" le mental: soit les pensées automatiques, soit la conscience, soit les sollicitations extérieures.

 

Par les techniques de méditation, la personne reprend en quelque sorte la maîtrise de son esprit: son mental était jusque là dans l'inconscience, piloté par une routine d'exécution, voire - si la tâche était manuelle à ce moment et ne nécessitait pas une forte concentration  - parti dans un rêve semi-conscient: les pensées voguent de manière automatique vers ses enfants, son conjoint, sa maison, ses factures, ses problèmes, etc,...

 

Il suffit de regarder les conducteurs à leur volant dans les embouteillages: ils se racontent une histoire, celle de leur journée, de leurs frustrations ou de leurs joies et ils rêvent éveillés à leurs vengeances ou à leurs succès. Ils sont comme au cinéma de leur activité mentale, spectateur de leurs rêves, de leurs cauchemars et de la ritournelle qui repasse ad nauseam le film de ce qui les crispe ou les remplit de bonheur.

 

La vague de la "pleine conscience" est arrivée opportunément pour assurer la reprise en mains de l'activité mentale par rapport à un vagabondage incessant dont on peut déjà préciser que plus de 60 % de ces pensées "automatiques" - non sollicitées par la conscience, c'est à dire par une volonté préalable et réfléchie -  ont une connotation négative. Nous verrons plus loin les conséquences fâcheuses des automatismes de ces pensées perturbatrices.

 

Le succès de la mindfulness et ses applications en milieu hospitalier d'abord avec Jon Kabat Zinn[10], puis son extraordinaire succès mérité dans tous les domaines de la vie sociale, démontre la nécessité de techniques qui permettent de faire en sorte que l'individu soit à nouveau acteur de sa vie - et donc de ses pensées -, par rapport à une société qui a tendance à en faire un rouage endormi de la production ou un serviteur inconscient de la consommation.

 

L'intérêt des scientifiques pour ces techniques, les évaluations nombreuses par diverses universités et la mise en évidence des profits sur la santé - la méditation va venir en aide aux 50 % des travailleurs qui feront un burn out au cours de leur carrière, va soigner de manière durable les dépressions, l'hypertension artérielle et bien d'autres troubles de la santé  - confortent le sérieux de la démarche par rapport à ces originaux des années 60 qui allaient chercher en Orient ce qu'ils ne trouvaient plus en Occident. Nous reviendrons sur ces points.

 

 

L'avoir et la perte

 

 

On peut penser que c'est agréable d'avoir, d'accumuler des expériences ou des biens.

                                                    

Par contre, perdre peut sembler désagréable.

 

Mais tous les sages insistent sur le fait que plutôt que d'acquérir, la voie de la sérénité passe par le fait de se défaire de ses à priori, de ses connaissances, bref de son égo.

 

Le progrès, ce n'est pas d'avoir plus: c'est souvent avoir moins, y compris au niveau intérieur.

 

Pratiquer la méditation pour avoir plus - plus de calme, plus de sérénité, plus de techniques, etc,...- c'est rater le but: revenir au corps, comme le préconisait le Bouddha, c'est revenir à l'objectif, à la centration qui permet d'être au monde, en équilibre et en simplicité.

 

On ne peut pas être stable à l'intérieur si on est emmêlé avec les problèmes qui viennent de l'extérieur, singulièrement ceux des autres.

 

Le Bouddha disait que les deux métiers incompatibles avec la méditation sont la prêtrise et la médecine: comment se centrer sur soi si l'autre occupe toute la place dans le mental.

 

Le reproche de l'égoïsme ne se pose pas comme l'a démontré Matthieu Ricard dans son livre sur l'altruisme [11]: si l'on n'existe pas soi-même, en quoi et comment pourrais-je servir les autres ?

 

Et Chade Meng Tan[12], l'un des premiers ingénieurs de GOOGLE, n'a de cesse de montrer les bienfaits de la communication consciente et les profits retirés de la compassion envers ses collègues et ses relations professionnelles, tant pour l'entreprise que pour le travailleur.

 

 

Le blâme et la louange

 

 

Chercher à être complimenté, fuir les opinions critiques est plus facile que d'être "stable dans le Soi".

 

Il n'est pas confortable d'être à contre courant, de ne pas se laisser toucher par les opinions des autres.

 

La méditation vise la liberté, c'est à dire ne pas être dans la dépendance du regard des autres, comme l'est par exemple l'enfant vis à vis de ses parents.

 

Il en résultera sur le plan professionnel, créativité, capacité à sortir des routines par des solutions originales et imagination profitable pour tous.

 

 

La recherche du succès social et la peur de l'isolement

 

 

"Même si vous êtes seul sur le chemin, avancez, les autres suivront" disait Gandhi qui a subi l'opprobre de la prison pendant sept ans.

 

Ce n'est pas parce qu'une foule se réunit que la raison du rassemblement est louable.

  

L'harmonie de la société - et des entreprises - passe par la construction d'un soi fort, par l'équilibre des individus dans leur recherche personnelle qui doit être conciliée avec les impératifs collectifs: l'histoire a démontré les risques des foules obnubilées par les idéologies ou par la ferveur vis à vis d'un gourou au sens occidental du terme, c'est à dire de quelqu'un qui croit détenir la vérité.

 

Rien n'est plus mortifère que le dirigeant qui cadenasse les initiatives, plus contre-productif que les routines qui sclérosent les innovations.

 

Le vrai gourou indien est l'exact contraire de la caricature du gourou vu par les journaux occidentaux: il cherche d'abord l'autonomie de ses fidèles [13].  

 

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Pratique de la méditation

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Il peut paraître paradoxal de donner des indications quant à ce qu'il faut faire, sur quel objet concentrer son attention, alors que la méditation est en principe une pratique où l'on ne fait rien, sauf peut être observer le souffle, ce qui permet au corps de se mettre en place de manière spontanée.

 

En réalité, si ces indications sont superflues pour des pratiquants aguerris, si le calme d'un ermitage est propice à l'intériorisation, l'agitation d'un milieu de travail nécessite l'usage de ces techniques qui, pour pallier à cette dispersion de l'attention due à ces sollicitations multiples, dirigent, pilotent et donnent une direction à l'attention.

 

Par rapport à ces périodes où l'on peut se passer de diriger ses pensées, parce que l'esprit est calme et que le corps est en harmonie, en silence, avec ce qui n'est pas l'absence de pensées mais qui s'apparente à l'écoute du "son du silence", le fait de ramener son attention sur soi-même alors que tout ce que l'on voit et entend à l'extérieur sollicite cette attention, implique de suivre un fil conducteur auquel l'esprit peut se raccrocher.

 

Je ne peux cependant m'empêcher d'évoquer ces extraordinaires moments où l'on approche le "son du silence", même si dans un premier temps cela semble éloigné d'un environnement de travail: le "son du silence"  - on en trouve l'évocation dans la plupart des traditions spirituelles - a une base physiologique: vibrations sonores de l'oreille interne, battements du coeur, tonus musculaire, etc,... Mais ce qui est visé dans les différentes traditions, occidentales et orientales, c'est plus que le son physiologique, c'est sa dimension spirituelle. Comme l'indique Jacques Vigne: "L'écoute du silence n'est pas un exercice d'attention, c'est l'attention même. Quand nous nous concentrons sur lui, il remplit tout notre espace mental et lave pour ainsi dire à grande eau ce qui l'encombrait; toute la difficulté consiste à parvenir à une continuité parfaite de l'écoute "[14] 

 

Ce type d'écoute n'est donc pas influencée par le bruit environnant. Il s'agit d'une qualité d'écoute, quel que soit l'objet écouté.

 

L'objectif au travail sera à terme d'alterner ces moments où l'on ne fait rien - à part éventuellement d'observer le souffle - et les moments où l'on a une attention focalisée, sur le corps, sur une partie de celui-ci ou la visualisation d'images créées volontairement. Les deux techniques - attention focalisée ou attention flottante - sont complémentaires: ce sera une question d'équilibre, de juste milieu pour alterner les deux.

 

Celui qui pourra se passer des techniques proposées ci-dessous, comme un védantique avancé, n'y trouvera pas d'intérêt pour sa pratique. Mais pour le commun des mortels, la méditation s'apprend, pas à pas, avec des découvertes, des succès et des déceptions quotidiennes.

 

Enfin, répondons à une critique que l'on entend[15] de la "gadgétisation" de la méditation par une utilisation au service de la productivité et de la performance dans le monde de l'entreprise: former les travailleurs à se concentrer face aux imputs d'internet, des courriels et des réseaux sociaux servira la rentabilité du monde du travail. C'est vrai.

 

Mais l'on peut parier que le bénéfice sera au moins double: celui de l'entreprise ne pourra s'imaginer sans celui, concommittant, du travailleur. Et cet acquis de l'individu ne pourra être qu'émancipateur de sa liberté, de sa capacité à penser par lui-même: certains lyriques l'ont perçu comme une nouvelle révolution.

  

 

Le lieu

 

 

L'entrainement permet de méditer partout: évidemment, la pratique est facilitée par un endroit calme, dans lequel on ne sera pas dérangé.

 

On peut aussi méditer dans toutes les positions: assis, debout, couché, en marchant, en courant et même en parlant !

Mais, s'il est plus simple de commencer dans un lieu calme, à force de pratiquer, tous les lieux et tous les environnements seront l'occasion d'enrichir et de fortifier sa pratique en utilisant les éléments qui parviendront au méditant comme le bruit, les contacts ou les modifications qui interviennent dans ce qui l'entoure.

 

Il n'existe pas sur terre d'endroit exempt de bruit d'avion, de moteur, de conversation ou de chants d'oiseaux: même au milieu du désert, le vent se fait  entendre.

 

La méditation est d'abord tournée vers le corps. Mais il n'est pas souhaitable que le "soi" - le méditant - n'existe que par lui-même, ne soit attentif qu'à sa présence physique, comme coupée de son environnement, "hors sol" en quelque sorte, et n'intègre pas son environnement sensoriel: sonore, olfactif et visuel.  

 

Les bruits, les sons, la lumière, le vent, les conversations, tous les stimuli extérieurs sont matières à méditation et, s'ils ne doivent pas focaliser toute l'attention, l'équilibre entre les messages du corps et ceux qui parviennent de l'extérieur au méditant forme un tout dont il est possible de rechercher l'harmonie.

 

 

La posture

 

 

Le corps - et la respiration - constituent le premier objet que les techniques de méditation vont utiliser: il est utile de voir quelles exigences les traditions orientales vont fixer. On peut les synthétiser en trois concepts: la stabilité du corps, sa verticalité et son état de tension.

 

Dans la tradition classique dont la méditation au travail va s'inspirer, la position du lotus, c'est à dire chacun des pieds posé sur la cuisse de la jambe opposée, nécessite un long travail d'assouplissement. Elle n'est pas à la portée du débutant. Elle assure cependant une stabilité idéale puisqu'elle permet d'avoir trois points d'appui, les deux genoux et les ischions.

 

De plus, l'étirement des articulations des genoux et le creusement des reins ont un effet d'éveil du système nerveux, effet amplifié en rentrant le menton et en étirant un peu la nuque.

 

Le demi lotus - c'est à dire un seul dos de pied posé sur la cuisse de la jambe opposée, l'autre pied se trouvant sous la cuisse opposée -, assure la même stabilité par les mêmes trois points mais présente l'inconvénient d'amplifier la dissymétrie de la position.

 

La position "jambes croisées", les deux pieds posés au sol, avec les chevilles l'une en face de l'autre, convient aussi bien, en étant plus facile.

 

En situation de travail, on s'inspirera de cette exigence de stabilité pour positionner son corps en prenant conscience de ses points d'appui:

- en position debout, on sera attentif aux pieds, aux parties des pieds en contact avec le sol, à l'extension des jambes, à la verticalité du dos et à la position de la tête,

- en position assise, ce seront les pieds, les fessiers, le dos et la tête qui retiendront l'attention et

- en position couchée, les points de contact du corps avec le support.

 

La recherche de l'équilibre passe ensuite par la verticalité du corps: on dit que la colonne est érigée comme une série de pièces d'or, posées l'une sur l'autre. Pour vérifier la verticalité, on peut légèrement se balancer d'abord sur le plan sagital, d'avant en arrière.

 

On peut imaginer une balance dont les deux plateaux doivent s'équilibrer et dont le fléau s'immobilise petit à petit dans la verticale, ni trop en avant, ni trop en arrière. En avant, la posture exprime l'attachement ("embrasse moi") et en arrière, c'est au contraire l'aversion: le dos se cambre pour pouvoir griffer. C'est cette oscillation permanente entre l'attachement et l'aversion qui consomme tant d'énergie au quotidien.

 

La recherche de la verticalité peut aussi s'opérer de côté, de gauche à droite, avec cette même image de la balance, en mettant par exemple les mains sur les genoux quand on est assis, en commençant au début par une grande oscillation, pour ensuite diminuer les oscillations d'amplitude jusqu'à cette position d'équilibre.

 

A l'instar de la verticalité de l'axe central qui peut être vérifiée - quand on est debout - par un léger mouvement vers l'avant puis vers l'arrière, vers la droite puis vers la gauche, en diminuant progressivement l'amplitude du mouvement pour sentir l'exacte position verticale, un mouvement similaire peut être imprimé à la tête, avec l'idée de sentir le cerveau semblable à un liquide qui petit à petit s'immobilise. C'est un doux dodelinement de la tête que certains enseignent comme une expérience d'équilibrage du corps et de "calme vibratoire" du cerveau.[16]

 

La verticalité se vérifie quand la personne est à son poste de travail, qu'elle soit assise ou debout, et c'est en position debout que la prise de conscience va intégrer le mieux la fonction des bras. Comme l'expose Yvan Amar [17], outre leur rôle de balanciers pendant la marche, comment accueillir la personne que vous aimez en gardant les bras collés le long du corps: on comprend vite que ce sont nos bras qui accueillent, qui expriment l'amour, qui embrassent. C'est par les bras que passe non seulement l'équilibre du corps mais aussi l'expression des émotions.

 

En posant les mains l'une sur l'autre, on adopte une position d'accueil de ce qui vient du ciel plutôt que ce qui vient del'autre.

 

Enfin, pour simplement évoquer à ce stade l'état de tension du corps en position assise, l'image peut être celle du porte manteau de bar auquel viennent s'accrocher les manteaux des clients: l'axe central - la colonne vertébrale - du porte manteau est le seul à être érigé, parfaitement vertical. Les vêtements - les membres: épaules, bras, mains, côtes, bassin, jambes et pieds - pendent, sans effort, complètement relâchés.

 

On parle d'une posture de dignité.

 

Les postures au travail vont s'inspirer de ces trois principes: la position assise n'est donc pas indispensable à la pratique de la méditation. On peut prendre conscience de son corps dans n'importe quelle position, assis, debout ou couché, que le corps soit immobile ou en mouvement.

 

L'idée étant de faire du corps le centre de l'attention du méditant,  l'immobilité est un moyen de fixer l'objet de l'attention et de faire en sorte que, contrairement à ce qui se passe en permanence, ce ne soit pas le corps qui décide quand bouger et comment bouger, en fonction de ses seuls critères de confort, mais que ce soit la volonté consciente du méditant qui soit aux commandes.

 

Au contraire de la mobilité qu'impose le corps dans le cadre d'une activité habituelle, pendant laquelle l'attention est tournée vers le travail,  l'esprit écoute et analyse les messages que l'intérieur du corps lui adresse - qu'il soit immobile ou en mouvement - et s'arrête sur ceux-ci pour les parties qui sont silencieuses. Le fait que l'on ne sente pas ses hanches, ses clavicules ou son occiput ne signifie pas qu'ils n'existent pas: au contraire, leur silence est signifiant.  

 

Si cela est compatible avec son environnement relationnel, il en est de même des yeux: les fermer permet de focaliser son attention sur ses sensations et ses émotions intérieures. Le risque des yeux fermés peut cependant être de favoriser de manière excessive le mental qui peut en profiter pour partir dans des visualisations idylliques ou dans un jeu incessant de "saute mouton" des idées.

 

On qualifie en effet souvent le mental de "singe fou": il produit en moyenne 65.000 pensées automatiques par jour dont seulement 2.500 atteignent la conscience. Plus de la moitié de ces pensées conscientes seraient à connotation négative. De là l'intérêt sinon de les maîtriser, à tout le moins de s'en rendre compte et de les positiver autant que faire se peut.

 

Pour canaliser un mental "vagabond", il peut être utile d'ouvrir les yeux et de fixer un point que l'on place classiquement à 1 mêtre 50 / 2 mêtres devant soi. Si l'environnement le permet, il peut s'agir par exemple d'une bougie allumée ou de tout autre objet symbolique comme une fleur ou un mandala.

 

Une autre manière, plus efficace encore, est d'ouvrir les paupières d'un demi centimètre et de porter le regard vers le haut: c'est un exercice de concentration car le mouvement n'est pas naturel. Cet exercice concilie le matériel toujours perçu par l'ouverture des paupières et le spirituel par l'intention contenue dans l'élévation des yeux.

 

 

Le matériel

 

 

La méditation pouvant se pratiquer dans toutes les positions, un matériel n'est donc pas requis. Mais si l'occasion se présente de la pratiquer dans un endroit calme, en position assise, un zafou - sorte de coussin d'environ 15 cms d'épaisseur - et un tapis - ou une couverture pliée pour reposer les genoux - assure un certain confort, en relevant les hanches par rapport aux genoux qui touchent le sol: cette position a pour effet de stimuler l'éveil du cerveau.

 

Nous verrons la position des mains posées l'une sur l'autre trois travers de doigts sous le nombril: un petit coussin - ou un essuie plié - permet de poser les mains de manière à éviter de tirer sur la chaîne musculaire, ce qui peut entraîner à la longue des douleurs au niveau de la nuque.

 

Enfin, si l'on médite jambes croisées, une couverture posée sur les jambes permet de réchauffer les articulations et les muscles, ce qui permet d'éviter les tensions et l'apparition de douleurs.

 

Une fois encore, rien de tout ceci n'est indispensable. Mais s'il vous prend l'envie, comme beaucoup de personnages éminents qui cachent généralement leur pratique de la méditation quotidienne, une demi heure après le lever, de vous entraîner chez vous, ces trois objets - un coussin et deux couvertures ou châles - vous faciliteront la mise en place de rituels dont vous tirerez le plus grand profit. 

 

 

La mesure de l'activité mentale

 

Les neurosciences nous apprennent que l'activité mentale fonctionne par cycles par seconde, exprimés en hertz: lorsque l'attention est aïgue, bien précise, bien réveillée, la vibration des centres qui la gèrent est plus rapide. En période normale, le cerveau produit des ondes béta à environ 12 cycles par seconde (12 hertz): les ondes de relaxation sont à 9 hertz, les ondes de sommeil à 5, 6 et les ondes de sommeil profond à 3, 4. Mais les ondes de l'attention sont entre 40 et 120. Ce sont des ondes gamma dont la vitesse varie en fonction de l'intensité de la méditation: plus le méditant sera expérimenté, plus les ondes seront rapides.

 

La méditation profonde permet ainsi de percevoir la vibration, de sentir la "vie du vide qui vibre", d'entendre le son du silence dont la vibration sera d'autant plus aïgue que l'impulsion sera rapide.

 

La qualité de l'attention focalisée sur le souffle naturel est ainsi mesurable scientifiquement et permet étonnament, par la prise de conscience de cette vibration, d'atteindre l'égo: la solidité de la matière, incarnée par le souffle, ébranlée par la vibration, s'effondre. L'illusion de la solidité disparaît: la dureté de l'égo est atteinte. L'énergie commence à circuler, fluide, sans le carcan de cette vieille carcasse qu'est l'égo. Nous y reviendrons.

 

 

Le rituel d'ouverture

 

 

La pratique de rituels peut évidemment sembler difficile sur un lieu de travail. Mais l'évocation des routines qui sont pratiquées dans les endroits dédiés à la méditation peut  inspirer la manière de les exercer dans un contexte professionnel.

 


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Le comptage du souffle et l'immobilité du corps

 

 

La respiration est une des ancres de la méditation. Outre l'observation de son souffle naturel, il y a de nombreux moyens de s'en servir.

 

Il en est ainsi du comptage. Compter - ou décompter - ses respirations est utile pour évaluer sa capacité d'attention: si l'on parvient par exemple à compter 5 expirations sans voir arriver des pensées parasites, on peut compter jusque 11. Les tibétains disent que lorsque l'on réussit à  compter jusque 21 sans pensées perturbatrices, on est prêt pour passer à une autre étape dans l'apprentissage de la méditation.

 

On réessaye jusqu'à y parvenir, avec la tendresse de la maman, qui insiste vis à vis de son enfant avec fermeté mais bienveillance. Jamais avec colère, reproches ou énervement: il s'agit d'être indulgent, compatissant et encourageant vis à vis de soi-même. L'agitation mentale se dompte au moyen de la patience et de l'obstination, en se félicitant plutôt que de s'humilier.

 

Quand on approche de la mort, on dit que ses jours sont comptés. On pourrait dire dans ce sens que ses respirations sont comptées: chaque expiration nous rapproche de l'inéluctable de la mort. Cette pensée donne du poids, de l'importance à chaque inspiration.

 

Lorsque le mental est vraiment agité, pour canaliser cette excitation, le comptage peut être conçu de manière à mobiliser un peu plus l'attention: par  exemple compter les expirations de 1 à 5 - 1,2,3,4,5 - puis décompter - 5,4,3,2,1 - et ensuite diminuer chaque série d'une unité: 1,2,3,4 puis 4,3,2,1 ensuite 1,2,3 et 3,2,1 ensuite 1,2 et 2,1 et enfin 1,1 et on recommence de 1 à 5. L'idée est de complexifier le comptage de manière augmenter la mobilisation de l'attention et l'empêcher de partir dans des divagations, qu'il s'agisse de rêveries ou de tracas.

 

Un autre moyen est d'imaginer le souffle comme une vague: l'inspiration est la vague qui monte et l'expiration la vague qui descend.  Pour intensifier la visualisation, une bouée lumineuse représentant la conscience flotte sur la vague: la conscience n'agit pas sur la vague, c'est la vague qui est motrice. La conscience ne fait que suivre.

 

Pour augmenter cette conscience du va et vient de la bouée et de la vague, on peut imaginer une main imaginaire au niveau du visage qui monte sur l'inspiration et qui descend sur l'expiration.

 

On peut également imaginer le souffle comme deux roues dentées qui s'engrainent l'une dans l'autre: une roue tourne à la base du nez, animée par le souffle - elle tourne vers le bas à l'expir et vers le haut à l'inspir - et l'autre roue - celle de la conscience - suit la première, dent par dent. Une sorte de vie vibratoire - avec un bruit de "tac tac tac tac....."- apparaît comme en pointillé dans la respiration.

 

Il est difficile de revenir constamment au va et vient du souffle et en même temps essayer de le maintenir spontané. Des facteurs intérieurs ou extérieurs interfèrent qui modifient le souffle et chaque fois, il faut tendre au retour au souffle naturel.

 

Un autre moyen consiste à concrétiser le souffle avec les mains: celles-ci sont tenues sous les narines devant les poumons comme si elles tenaient un pot façonné par un potier: ce pot grossit à l'inspir - on écarte un peu les mains - et rétrécit à l'expir - on rapproche un peu les mains. On ressent alors les irrégularités du souffle naturel dans les doigts. C'est comme si on avait une préhension du souffle subtil qui nous amène à une compréhension plus profonde: la préhension physique conduit à la compréhension. On tient son souffle en mains.

 

Les visualisations peuvent être nombreuses pour accompagner le rythme du souffle:

- depuis la boule blanche à la base du nez qui explose à l'expir et inonde le corps vers le thorax, vers l'abdomen, vers les jambes d'une onde de détente

- jusqu'à la représentation du souffle comme une anguille qui se faufile pour éviter les pensées perturbatrices: le souffle naturel est en effet bloqué par la douleur, mais aussi par les sensations agréables ou de surprise et la méditation s'attache à restituer au souffle naturel sa fluidité.

  

Enfin, une dernière technique consiste, lorsque l'on tient ses yeux ouverts en fixant un point à 1 mètre 50 devant soi, en gardant l'immobilité, à s'imaginer être une statue de pierre: quand on est complètement immobile, on peut avoir des expériences d'infini. C'est comme si toute l'énergie gaspillée dans les petits mouvements automatiques se transformait en conscience. C'est une manière de sentir cet effet de transmutation alchimique du plomb de ces petits mouvements en or de l'immobilité. Une onde d'immobilité qui descend des paupières paralyse agréablement le corps qui est en dessous. 

 

 

Les messages du corps, de la respiration et du mental

 

 

 

Au travail ou à domicile, il est parfois difficile de méditer le matin, alors que l'on a dormi trop peu, ou lorsqu'on ressent un "coup de pompe", car la tendance est alors d'avoir une méditation "endormie", non active. Il vaut mieux dans ce cas s'activer, prendre sa douche ou se remuer pour y revenir, réveillé et actif.

 

Au niveau du dos, pour évaluer l'énergie dont on dispose, il faut sentir la charnière dorso lombaire, appelée la "porte des hommes" dans certaines traditions, c'est à dire le point de la colonne vertébrale à hauteur de la pointe inférieure des omoplates, là où s'attachent les dernières côtes: si ce point part vers l'arrière, c'est un signe de déprime, mais s'il part vers l'avant, c'est l'indication que l'on va vers la joie intérieure. C'est un excellent instrument de mesure de l'humeur et du tonus du méditant. Si l'on pousse cette partie vers l'avant, on ouvre la cage thoracique et on laisse s'envoler le souffle comme un oiseau vers l'absolu.

 

Pour apprécier son niveau de spiritualité, on porte son attention au sommet du dos, entre la dernière vertèbre et l'occiput, sur la partie que les indiens appellent la "porte des dieux": c'est à cet endroit que la lumière est interprètée par le cortex à l'arrière du cerveau, dans les aires associatives visuelles. Chez les égyptiens, un scarabée d'or est placé au sommet de la nuque du pharaon, signe de son immortalité. Si l'on pousse le ciel avec sa tête, on réussit à le sentir.

 

Il convient de détendre tout le corps: le visage - chaque partie du visage: on passe en revue en détail pour les détendre le front, les tempes, les sourcils, les yeux, le nez, les pommettes, les joues, les lèvres, les dents, le menton, - puis on fait le même exercice avec précision pour les épaules, les bras, les mains, le bassin, les jambes, le souffle, etc,.... Seule la colonne, l'axe central, est étiré, sans tension.

 

Sur l'inspiration, on lève légèrement les yeux vers le centre du front. Sur l'expiration, on les laisse retomber sur les paupières lourdes: cette sensation de lourdeur se répand sur le visage et dans tout le corps, depuis le sommet de la tête jusqu'au périnée dans un état proche du sommeil mais avec la conscience de l'axe central détendu et en même temps érigé.

 

C'est un état paradoxal: relaxation de l'avant du corps et dynamisme de l'axe central, tendu comme la corde d'un violon, ni trop, ni trop peu, pour qu'elle sonne juste.

 

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Lorsque le dos se voûte, la pratique consiste à le redresser, en poussant avec une main de lumière - une main imaginaire - au niveau de la "porte des hommes", à la jonction des vertèbres lombaires et dorsales.

 

Le souffle doit être spontané, ce qui est difficile à obtenir puisque lorsque l'on y pense, il n'est déjà plus spontané: il faut ruser, comme par exemple en pensant "ce serait bien s'il était spontané".

 

Pour synchroniser respiration et battements du coeur:

- pousser d'abord deux ou trois soupirs,

- ensuite inspirer pendant deux battements de coeur,

- expirer pendant deux battements de coeur,

- pour finir, rester poumons vides pendant deux battements de coeur.

Recommencer à l'envi. C'est une respiration superficielle qui augmente le gaz carbonique, ce qui est nécessaire pour s'endormir [18].

 

Pendant la méditation, les pensées parasites ne tarderont pas à se manifester: retour sur le quotidien (ai-je répondu à tel client ? ai-je fermé la voiture ? vais-je faire tel achat ? etc,...), manifestation d'un inconfort du corps, d'un membre qui s'endort ou est douloureux, etc,... Il faut alors prendre conscience de ces objets produits par l'esprit, de ces pensées automatiques et de ces messsages du corps: dès que l'on s'en rend compte, la meilleure attitude est de les laisser passer, sans les retenir, comme on regarde les nuages traverser le ciel: il s'agit d'une simple notification, sans s'y attarder.

 

C'est que, même sous les vagues géantes produites par un typhon, l'océan est calme dans ses profondeurs et, au-dessus des nuages d'un ciel d'orage, le soleil continue à briller, immobile, pour celui qui sait.

 

 

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La technique Vipassana

 

 

Le scan corporel préconisé par la technique Vipassana consiste à passer en revue les différentes parties du corps comme le ferait une machine qui découpe le corps en "tranches" photographiques. On peut commencer par le pied droit, remonter chaque jambe séparément, photographier le tronc, les bras, les épaules puis la tête.

 

A l'inverse, on peut commencer le scan par les sensations du cuir chevelu pour descendre, petites parties par petites parties, en étant attentif à l'état de la partie analysée: présente, absente, chaude, froide, douloureuse, neutre, etc,... Il s'agit "d'égaliser" les sensations pour que cette partie du corps soit complètement présente, homogénéisée et équilibrée.

 

Il s'agit d'un travail de concentration de l'attention, en étant conscient de la partie du corps analysée mais aussi de la survenue de toutes pensées parasites.

 

Le fondement de la méditation Vipassana - technique vieille de plus de 2500 ans - est que l'observation de notre état - physique, mental et spirituel - fait disparaître le négatif, dissout la souffrance et crée l'harmonie. Et vivre en paix et en harmonie avec soi-même profite à notre entourage et à l'ensemble de nos relations.

 

Une variante de cette technique proposée par Jacques Vigne consiste à passer en revue ces mêmes parties du corps - et surtout du visage - en jouant, comme un jeu d'acteur, les effets par exemple du stress et de la plénitude. Le front, les sourcils, les yeux, le nez, les pommettes, la bouche, le menton sont passés en revue comme s'ils exprimaient d'abord le manque - et donc le stress - puis la plénitude. Manière, au moyen d'une simulation psychologique, qui va plus loin que de passer de la tension à la détente comme on le fait en contractant les muscles puis en les relâchant brusquement. C'est une technique de relaxation efficace.

  

Enfin, Jacques Vigne propose également dans le cadre de cette même technique "Vipassana" d'utiliser les isomorphies - les similitudes - entre le visage et les autres parties du corps: par exemple, si l'on commence par le pied droit, on peut sentir la plante du pied qui se contracte - avec les doigts de pied qui se recroquevillent - ce qui correspond à la mâchoire qui se contracte. La plante du pied évoque le stress ou la colère et correspond à la mâchoire. Par contre, le milieu du dos du pied pourra correspondre au front, là où, dans la tradition de l'Inde, on pose des lotus, signe de la spiritualité de cette partie du corps.

 

Cette technique est donc une façon de lire les sensations provoquées par chaque organe, de ressentir les émotions qui émergent ou les messages du corps: écouter l'écho que ces parties du corps envoient au visage permet de décrypter plus finement ces messages.

 

On continue ensuite avec la cheville, puis le mollet, le genoux, etc,...: il s'agit à chaque fois de référer les sensations ressenties en ces endroits à une partie du visage. Le travail reste le même: connecter la sensation à une correspondance avec le visage.

 

On tente alors d'égaliser les zones où il y a beaucoup de sensations - ou une sensation très perceptible - et celles où il y en a moins - ou pas du tout - à la fois dans la zone du corps étudiée et sur le visage.

 

Si le travail de référer cette partie du corps sur l'écran du visage pour voir ce qui s'y projette éveille la mâchoire, c'est plutôt le pôle instinctuel: par contre, si la correspondance évoque le front, c'est plutôt le pôle spirituel.

 

En général, le pôle instinctuel - celui du stress - vient souvent en premier: c'est en s'obstinant dans le travail que l'on réussit à déboucher sur le dépassement du stress par une prise de conscience plus précise.

 

Le travail se poursuit en remontant par la cuisse, le demi bassin droit puis l'on recommence avec la jambe gauche, en maintenant sa concentration: au début, on n'a qu'une vague idée de la zone que l'on observe et puis, petit à petit on perçoit les inégalités de sensations.

 

Sentir est une question de détente: on sent mieux dans un état proche du sommeil. Le genoux par exemple: c'est un os rond tourné vers l'extérieur et cela correspond par isomorphie à la pommette qui est également un os rond vers l'extérieur, analogie liée à la forme de l'os.

 

Viennent enfin le tronc, les lombaires, l'abdomen, le plexus, les bras, etc,.... Les côtés sont généralement silencieux: les référer au visage permet de leur faire prendre vie.

 

Le thorax par contre concentre souvent les émotions.

 

Enfin, on termine par le visage, calme, en souriant, avec un esprit neuf.

 

On a nettoyé de cette façon toutes les parties comme l'indique les expressions populaires: "il ne se prend pas la tête" ou "il ne se foule pas (les chevilles)".

 

Désensibiliser de cette manière le corps, de façon équanime, pour en faire un temple zen, apporte un état d'esprit, une présence, une disponibilité dont non seulement le méditant profitera mais aussi son environnement de travail, ses collègues et ses relations professionnelles.

 

 

Le sourire

 

 

Le sourire s'obtient non seulement en relevant légèrement la commissure des lèvres et en détendant le front mais surtout par la relaxation des points au centre des tempes. Ensuite, pour imiter le sourire du bébé qui entend sa mère venir vers lui, un léger relèvement des points situés sur la base externe des orbites des yeux signe le sourire du regard car l'on sourit plus avec les yeux qu'avec la bouche.

 

 

La douleur

 

 

La douleur est étiquetée comme distincte. Il faut être conscient que la sensation va changer en l'observant: de puissante, elle peut devenir lancinante, elle peut diminuer puis disparaître, ou augmenter et changer de nature. Il s'agit d'en faire un objet de curiosité et d'expérimentation, distinct du soi.

 

Si à l'inverse, la partie du corps analysée constitue une zone aveugle, dont aucun message n'arrive, il y a à attendre jusqu'à ce que la sensation se manifeste.

 

Le scan corporel peut ainsi opérer comme le fait un travail d'égaliseur, d'homogénéisation des organes analysés, comme un entrepreneur chargé d'aplanir une route en mauvais état, en bouchant les trous et en aplatissant les bosses.

 

 

Les hémicorps et les narines ouverte et fermée

 

 

Le corps, à l'exception de quelques organes comme le coeur, le foie, le pancréas, etc,..  est composé de deux parties symétriques: on peut le couper en deux parts égales de haut en bas.

 

Au demi-corps droit correspond le demi-corps gauche. L'hémicorps droit est masculin, celui de gauche est féminin.

 

Les narines - comme le reste du corps - s'ouvrent et se ferment alternativement environ toutes les deux heures en période de veille (5 à 6 heures en périodes de sommeil): l'objectif est, par la méditation, d'équilibrer les deux parties, pour les ressentir de manière équivalente: on commence par l'ouverture des narines.

 

Si vous ne sentez pas la différence entre la narine fermée et la narine ouverte, il suffit de respirer fort par le nez en bouchant alternativement une narine, puis l'autre.

 

C'est par le travail sur l'ouverture de la narine fermée que les endorphines et la dopamine peuvent être produites, pour ensuite faire sentir leurs effets dans le corps. Nous verrons comment ci-après, notamment par la visualisation.

 

 

La visualisation

 

 

 

Nous avons vu que la visualisation dans le mental produit le même effet que le geste physique: les mêmes zones cérébrales sont mobilisées, que le geste soit accompli physiquement ou mentalement.

 

Par convention, on dit, lorsque le geste n'est pas accompli physiquement, qu'il l'est par le membre de "lumière". Ainsi, par exemple, les pouces "de lumières" sont portés à hauteur du centre du front pour produire des endorphines dans le cerveau: un pot imaginaire, placé au sommet de la langue retournée pour toucher le centre du palais (en "kechari mudra"), se remplit des endorphines qui sont produits et qui tombent du cerveau. Le pot se retourne lorsqu'il est rempli et les endorphines (symbolisée par la lumière et la joie par exemple) inondent tout le corps, en transitant par les intermédiaires nerveux, ou les canaux d'énergie si l'on suit l'approche orientale.

 

C'est une manière de produire d'un point de vue neuro physiologique des endorphines de façon autonome et naturelle au lieu de les produire par l'activité sexuelle, en buvant de l'alcool ou en fumant du hashich, trois comportements qui ont pour point commun d'utiliser les mêmes récepteurs.

 

Une telle visualisation peut paraître surprenante: elle n'est cependant pas plus étonnante que le rêve éveillé que l'on pilote lorsqu'on imagine - au volant de sa voiture ou le regard fixe sur le paysage qui défile par la fenêtre du train - ses succès professionnels ou ses amours inavouables.

 

La différence entre le rêve éveillé et la visualisation est le caractère volontaire et conscient de cette création visuelle et son objet: on essaye simplement d'induire un effet sur une partie de son corps par la force de sa pensée et l'on constate le changement, d'abord dans la sensation ressentie et puis physiquement: on sent vite la différence.

 

Il ne faut pas un long apprentissage pour prendre possession de son corps: l'esprit a une formidable puissance et on ne peut douter que le mental est, sinon totalement aux commandes, à tout le moins qu'il a une influence déterminante sur le corps.

 

La médecine occidentale s'en rend compte aujourd'hui en introduisant la méditation - et les visualisations - dans les traitements. Le Docteur Simonton semblait un farfelu dans les années 80 lorsqu'il introduisit les visualisations dans le traitement du cancer[19]: le méditant imagine un travail thérapeutique sur les cellules cancéreuses, en armant des globules blancs à l'assaut des cellules malignes. Puis vint par exemple le Docteur B.S. Siegel[20] ou des témoignages de guérison extraordinaire par la méditation[21] pour qu'aujourd'hui, l'influence du travail mental soit reconnu par les grandes figures de la cancérologie[22] sur l'évolution de la maladie.

 

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Voici donc une autre visualisation: ……………………………………...

 

La langue

 

 

La prise  de conscience au niveau de la mâchoire est importante : beaucoup d'émotions se concentrent à cet endroit.

 

Lors de colères ou de frustrations, la langue vient se mettre à l'avant, comme une langue de vipère. La langue vers le bas est le signe de la colère.

 

Le fait de positionner la langue dans le creux supérieur du palais - au centre de la mâchoire - désamorce les émotions négatives et crée un circuit énergétique vers le sommet. 

 

La position de la langue en "kechari mudra", c'est à dire la pointe dressée, rend sensible le "talu" - le plancher supérieur du palais - qui est un chakra secondaire: ce noeud énergétique servira à la visualisation du passage de l'énergie par les différents centres du corps.

 

On positionne donc l'attention au centre des mâchoires: en dessous du menton, convergent les tendons à l'avant qui rejoignent l'angle maxillaire postérieur. Au milieu de la mâchoire, ce sont les muscles: les tensions sont donc moins présentes.

 

 

 

Le septum nasal

 

 

Le septum nasal est le nom scientifique de la cloison médiane qui sépare les cavités nasales.

 

Un des points régulièrement travaillé en raja yoga - le yoga royal[23] - est le centre de la base de cette cloison, entre les narines.

 

Ce point peut se travailler de différentes manières:

-  en le frottant vigoureusement, avec le pouce retourné pour épouser la forme du septum ou

-  virtuellement, avec ses pouces de lumière pour créer un mouvement lent d'abord, comme un flash aveuglant qui irradie le corps toutes les 3, 4 secondes, dans un mouvement qui s'accélère - toutes les secondes - puis plus rapidement ensuite jusqu'à devenir une sorte de stromboscope lumineux et enfin, semblable à une fraise de dentiste à sa plus haute vitesse, irradie de sa vibration le corps

-  on peut aussi secouer ce point médian de la base du nez comme un prunier pour faire tomber les fruits - comme des prises de conscience - par les secousses infligées à l'arbre

-  ensuite, on entend le son du silence comme dans un autre état de conscience.

 

En Inde, on dit que le travail sur le septum nasal est une façon de passer le mur de l'égo.

 

Un exercice de visualisation consiste à imaginer la base de la cloison nasale comme une corde de violon: l'archet est le souffle qui fait vibrer la corde. Cette vibration détend et énergétise le nez et le visage au rythme de la symphonie que vous composez. La corde produit un son, comme le grésillement du silence, d'abord aïgu semblable à un sifflement puis soutenu par les graves du AOUM en fond sonore.

 

Une autre visualisation au départ du septum consiste à imaginer la correspondance entre le septum nasal et le chakra racine, à hauteur du périnée. On parlera plus tard de "mula bandha": cette action consiste à serrer les sphinters, anal et vésical, pour interrompre la perte d'énergie par le siège et concentrer l'énergie qui sera envoyée vers le troisième oeil par la colonne. Il s'agit là aussi d'un travail d'isomorphie qui consiste à passer mentalement d'une partie du corps pour apercevoir la similitude avec une autre partie du corps. La bascule mentale rapide du septum au périnée est à la fois un travail de gymnastique et de maîtrise des pensées.

 

 

Les nadis et la circulation de l'énergie dans le corps

 

 

Les canaux d'énergie - appelé nadis dans la médecine ayurvédique et chinoise - ont pour fonction de permettre la circulation des énergies dans le corps.

 

Il y a en trois principaux parmi les 72.000 recensés par la tradition indienne: Ida, Pingala et Sushumma.

 

Sushumma se situe dans le canal axial en avant de la colonne vertébrale: il part de l'extrémité du coccyx pour aboutir au sommet du crâne: c'est l'axe de vie par lequel monte la Kundalini, l'énergie spirituelle qui peut être éveillée par des exercices de respiration (swara yoga) et par diverses techniques énergétiques tantriques.

 

Les deux nadis latéraux - Ida et Pingala - entourent en spirale Sushumma pour former un caducée, l'emblème du corps médical: ils s'entrecroisent au niveau de chacun des 7  chakras - les centres d'énergie - pour former la représentation de l'homme construit, harmonisé.

 

La représentation symbolique est celle de deux serpents entrelacés: Ida, lunaire, féminine, froide, ascendante et bleue part de l'extrémité droite de l'épine dorsale pour aboutir à la narine gauche. Pingala de son côté régit la force physique, solaire, chaude et descendante et est de couleur rouge: il part de la narine droite pour aboutir à l'extrémité gauche du coccyx.

 


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La position des mains et l'équilibre des hémicorps

 

 

Les mains sont posées sur un petit coussin, trois travers de doigts en-dessous du nombril, au niveau du hara. Sans support pour les mains, un désagréable étirement se fera sentir douloureusement au niveau de la nuque.

 

Les mains sont donc posées l'une sur l'autre, celle correspondant à la narine fermée sous l'autre dans une position ouverte.

 

Les pouces sont horizontaux, au-dessus des paumes tournées vers le ciel, de manière à ce que ongles se touchent, quitte à presser la pulpe ou à plier l'extrémité. L'objectif est de sentir le circuit énergétique ainsi formé avec les bras qui se connecte au niveau des clavicules. 

 

Les mâchoires seront également un peu plus serrées du côté de la narine ouverte, et la jambe plus ouverte du côté de la narine fermée en position de demi lotus.

 

En ouvrant ainsi la position des mains, des mâchoires, des bras et des jambes un peu plus du côté de la narine fermée par rapport à celle qui est ouverte, l'objectif est  d'équilibrer les hémicorps pour atteindre une parfaite symétrie.

 

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Le troisième oeil et la compassion

 

 

Le point au centre du front - là où les indiennes posent le tika (le point rouge entre les sourcils) appelé aussi le troisième oeil - est le point d'aboutissement de l'énergie que le méditant fait remonter du périnée: l'énergie ne doit pas sortir par le sommet de la tête - le chakra couronne - car elle se disperserait dans l'éther au lieu d'être canalisée comme la crosse d'un évèque ou le sceptre égyptien dans une direction à l'horizontale.

 

C'est qu'il faut rester au niveau des hommes car la méditation doit viser non seulement le soi - vaincre l'égo - mais aussi le reste de la création: la méditation sans la compassion risque de tourner à vide. Le mantra : "puissais-je être heureux" doit être suivi de "puissent les autres être heureux".

 

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Ramana Maharshi, un des grands sages indiens, conseillait de sentir le coeur subtil à droite parce que notre attention et notre énergie sont constamment fascinées par le coeur physique à gauche qui marque le stress en accélérant ses battements.

 

Pour les bouddhistes, le bonheur consiste dans la cessation des sensations qui se dissolvent d'instants en instants: les sensations, c'est comme une radio qui ne s'arrête jamais. Ce bruit permanent fatigue et quand on trouve le bouton pour l'arrêter, l'observateur devient stable en lui-même: les émotions perturbatrices, les pensées parasites, qui vont dans tous les sens, cessent de se manifester.

 

La troisième noble vérité du Bouddha concerne la cessation de la souffrance, de ces pensées qui tournent en rond en nous dans un enchainement sans fin. Cette cessation nous amène à la joie, à la sérénité et à la compréhension. On arrête de se laisser emporter par le bruit des pensées perturbatrices.

 

Méditer, ce n'est pas suivre des croyances, ce n'est pas avoir des expériences agréables: c'est comprendre son mental, le modeler et le libérer.

 

 

 

"La méditation est un mouvement sans motif, sans les mots qui accompagne l'activité de la pensée.

 

Elle doit naître sans délibération.

 

Et c'est ainsi seulement quelle est ce mouvement dans l'infini, sans mesure pour l'homme, sans but, sans fin ni commencement.

 

Et cela agit étrangement dans le quotidien de la vie, car la vie est une et devient alors sacrée."

 

Krishnamurti

 

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Eloigner les tensions des articulations

 

 

Les articulations - là où s'attachent les tendons - sont le lieu privilégié des douleurs: concentrer son attention sur le milieu du muscle atténue les tensions.

 

On imagine un point d'acupuncture - ou un soleil brulant - au milieu du muscle pour focaliser l'attention sur cet endroit, c'est à dire sur le milieu du segment de membre.

 

On commence par le milieu des deux pieds pour remonter au niveau du milieu des mollets, des cuisses, des mains, des avants bras, des biceps et, au niveau du tronc, on se concentrera sur le milieu du dos. Ce dernier point permet de sentir le niveau d'anxiété, et de le calmer, en se concentrant sur le coeur subtil à droite.

 

Une autre manière de trouver le point central au niveau du tronc est de le situer sur le plan sagital, en avant de la colonne vertébrale, là où passe les trois canaux d'énergie du yoga. Le méditant cherchera à sentir l'énergie comme dans un thermomètre dont le mercure monte dans une fine colonne au centre du corps.

  

Enfin, on trouvera le centre de la tête au sommet de la langue retournée vers le haut, dans le creux du palais, en "kechari mudra".

 

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Oreille droite, oreille gauche et visualisation

 

 

Quand on a un peu progressé dans la pratique, en méditant, on apprend à distinguer ce qui est entendu par l'oreille droite et ce qui est entendu par l'oreille gauche.

 

L'écoute avec l'oreille droite qui est connectée à l'hémisphère gauche du cerveau est à privilégier: cet hémisphère est relié au foie et concerne les émotions positives.

 

Par contre, l'hémisphère droit, connecté à l'oreille gauche, gère le stress et les émotions négatives: il est relié au coeur à gauche.

 

Pour amplifier l'effet et visualiser une action, on porte les pouces de lumières au niveau de l'oreille droite pour entendre, à la jonction des énergies qui transitent par les ongles, le son du silence.

 

Les molaires sont décollées à gauche pour expédier l'énergie à droite.

 

Sentir le pavillon de l'oreille, le conduit de l'oreille, l'angle maxilaire postérieur, l'oeil droit. Imaginez un grand oeuf qui inclut le thorax et la tête: l'oreille droite est en haut à droite et la pointe du coeur physique en bas à gauche. On s'éloigne le plus possible du coeur physique à gauche pour se dégager du halot d'anxiété que le coeur entraine.

 

C'est comme si vous branchiez un électro-aimant au niveau de l'oreille droite et la perception de l'oreille attire comme la limaille de fer les sensations d'anxiété qui tourne autour du coeur à gauche.

 

L'idée est de se dégager de l'anxiété qui peut avoir des causes extérieures ou intérieures. En agissant directement sur le corps, on gère l'anxiété de manière profonde

 

On entend ensuite un son de cloche imaginaire par l'oreille droite qui célèbre le mariage intérieur, l'union d'Ida et de Pingala, les courants gauche et droite dans l'axe du front: la prononciation d'un mantra, répété à l'envi, permet de sentir le calme de la "nappe phréatique" qui, en profondeur, calme l'esprit.

 

Ensuite les pouces de lumières sont portés à hauteur du centre du front, pour sentir dans les pulpes des pouces les battements du coeur comme lorsque l'on se prend les tempes et que l'on sent les pulsations cardiaques dans les vaisseaux sanguins à cet endroit. Le son se déplace ainsi de l'oreille droite au centre du front.

 

Le son entendu au niveau du front est comme la flûte du charmeur de serpents qui fait se dresser l'énergie du cobra à l'instar de l'énergie qui monte dans le canal central. L'énergie qui vient d'en bas est attirée par le son en haut.

 

L'at-tention - la tension - est portée sur l'axe central pour mieux entendre le son du centre du front comme quelqu'un qui est avide d'écouter et qui se rapproche de la source du son pour mieux apprécier.

 

En percevant le son pur, le son pusillanime, le mental devient pur. L'intellect ne domine plus: l'esprit advient.

 

Le son subtil - le bruissement du silence - correspond au calme des profondeurs que la respiration, comme les vagues sur l'océan, dissimule.

 

Le son du silence, c'est l'intemporel, la plénitude de l'éternité, l'immortalité: le souffle de la vie, la respiration, vivante, c'est le temporel. Quand on sent les deux en même temps, on a une vision complète.

 

Un poème de Milarépa évoque sa méditation sur la montagne lorsqu'il se rend compte qu'il doit intégrer la forêt et les arbres, lorsqu'il médite sur l'immobilité du ciel, il doit inclure les nuages et, lorsqu'il évoque l'immobilité de la vallée, il doit y inclure la rivière qui coule.

 

On peut ainsi distinguer le permanent du son du silence de l'impermanence du souffle qui coule, qui pousse, qui bouge: il faut méditer sur les deux en même temps.

 

Une image de ce travail d'écoute consiste à sentir le grésillement du silence comme au bout d'un fil, d'une corde qui se perd dans le brouillard vers la droite pour traverser un précipice, comme un son qui se perd dans l'espace....

 

Dans le panthéon indien, le son du silence est décrit comme l'éloquence de l'absolu, comme une mélodie de l'infini. C'est l'éternel présent.

 

 

Le stress et l'égalisation des sensations

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Certaines parties du corps concentrent les zones de stress tandis que d'autres sont dites complémentaires ou "anti-stress". Par exemple, en commençant par le front, les soucis et les tensions se manifestent en premier dans la zone entre les sourcils. Par contre, on ne sent généralement pas beaucoup la moitié supérieure et les côtés du front.

 


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Une visualisation tibétaine

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Une visualisation traditionnelle tibétaine sur l'axe central, sorte de raja yoga[27] synchronise à la fois

-  le kinesthésique: la perception de la respiration,

-  le visuel: une couleur va être associée à chaque étape de la respiration (inspir, bloquer poumons pleins, expir) et

-  le sonore: un son va être associé également à chaque stade de la respiration. 

 

Contrairement aux autres propositions, cette technique ne se trouve dans aucun livre ou écrit boudhiste: elle est uniquement communiquée oralement de maître à disciple.

 

Elle est très puissante: ses effets sont rapidement perceptibles et se font sentir longtemps après la fin de la méditation. Elle nécessite une concentration qui ne s'obtient qu'après de longs efforts: personnellement, il m'a fallu plus d'une demi heure de pratique pour y parvenir.

 

Selon les indications du Dalaï Lama, comme la plupart des techniques, elle tend à faire rentrer l'énergie dans l'axe central, la colonne vertébrale. Un des signes que l'énergie emprunte ce canal est que la respiration devient superficielle. Et lorsque  l'énergie rentre dans l'axe, la respiration peut s'arrêter complètement. L'arrêt respiratoire est chose courante lorsque l'on médite: les méditants les plus aguerris peuvent bloquer leur respiration pendant plusieurs heures.

 

L'activité mentale est arrêtée et l'intuition, au delà du mental, prend la relève.

 

Un geste des mains - un mudra - accompagne le cycle respiratoire pour aider la concentration: les deux phalanges intermédiaires des index et des majeurs sont collées verticalement l'une contre l'autre, dos des mains vers les chevilles et paumes vers le visage. Les mains forment ainsi comme un crochet. Les annulaires et auriculaires ne se touchent pas, un peu recrquevillés, le pouce est libre vers l'avant.

 

La pratique se fait sur un cycle respiratoire, en trois temps, puis recommence sur chaque cycle.

 

Sur la plan kinesthésique d'abord:

-  on fait descendre l'inspir sur les côtés, comme deux cascades d'énergie, à 5, 10 cms de l'axe central,

-  on bloque poumons et abdomen pleins, et

-  le retour de l'énergie vers le haut remonte sur l'expiration par l'axe central comme un jet d'eau.

 

Ce circuit ressemble à deux ovales qui se rejoignent par leur côté interne au niveau de l'axe central.

 

Sur le plan visuel, on ajoute les couleurs:

-  sur l'inspir, la descente des cascades est baignée dans la couleur blanche,

-  la rétention du souffle, poumons et abdomen pleins, baigne dans une lumière rouge

-  et sur l'expiration, le jet d'eau dans l'axe central est bleu.

 

Le code couleur est

-  blanc: corps physique

-  rouge: corps subtil et

-  bleu: corps d'absolu.

 

On va du corps physique au corps d'absolu.

 

Le fait d'occuper le mental avec des visualisations de couleurs l'empêche de s'échapper dans ses pensées automatiques habituelles. On réenchante le corps avec des cascades et des jets d'eau multicolores.

 

Le souffle est naturel, non contrôlé.

 

Sur le plan sonore,

- sur l'inspir, on émet le son OM sur le souffle qui descend sur les côtés, associés à la couleur blanche: le son OM est inscrit sur chaque goutelette de la cascade,

-   pendant l'arrêt poumons et abdomen pleins d'énergie rouge, le son A s'entend et se voit comme une pointe de flèche qui fait sauter les compartiments d'un bambou : manière d'imager l'ouverture de l'axe central sur un son, associé à cette forme de flèche du A. Le A est le son du silence que l'on entend dans l'espace: on fait rentrer l'énergie universelle qui dynamise, universalise, harmonise et purifie l'axe central

-  enfin, le son HUNG s'inscrit sur chaque goutelette du jet d'eau bleu de l'expir qui monte dans l'axe central. C'est le son du coeur: l'axe central est le coeur du tronc.  

 

L'effort pour synchroniser mentalement, cycles respiratoires après cycles respiratoires, mouvements, couleurs et sons aboutit à une sorte d'auto-hypnose agréable qui débouche sur de la joie: un sourire subtil s'esquisse sans que l'on n'en devine la raison. Inondé par un état de bien être, on perçoit au lointain ce que l'extase pourrait vouloir dire. Fasciné par ce manège lumineux, on imagine pour l'enfant que nous pourrions être ce que signifie "être aux anges" dans une ronde joyeuse et scintillante.

 

A suivre

 

 

 

 

 



[1] La présente contribution est un extrait d'un livre à paraître sur le même sujet.

[2] Avocat collaboratif, médiateur agréé, formé à la psychanalyse et aux pratiques méditatives. Louis GENET pratique la médiation depuis plus de 20 ans et l'enseigne, notamment à lExecutive School dHEC - Ulg à Liège. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, il sest formé aux techniques utilisées en Asie basées sur la méditation et la respiration. Il a pratiqué la psychanalyse en hôpital et séjourne régulièrement en Inde auprès de différents maîtres spirituels.

[3] Jacques VIGNE, psychiâtre français, est l'auteur d'une trentaine de livres dont l'essentiel vise à bâtir un pont entre les savoirs traditionnels de l'Orient et ceux, scientifiques, de l'Occident. Il réalise une exceptionnelle synthèse entre la science et la spiritualité: formé à la médecine allopathique et passionné par les médecines de pointe, il a vécu plus de 30 ans en Inde, dont plusieurs en ermitage en Himalaya. Il anime régulièrement des séminaires en Europe au cours desquels il fait profiter de nombreuses personnes de ses connaissances, de sa pratique et de sa sagesse. 

[4] Merci aussi pour le travail de correction et d'apport de précisions du texte auquel Jacques Vigne s'est astreint.

[5] Trois de ces séries de séminaires se trouvent heureusement sur des clés informatiques que l'on peut se procurer en adressant un mail à Geneviève Koevoetsg - Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir - pour un modique prix de 15 euros / pièce.

[6] Auteur de "Connectez-vous à vous même", Belfond, 2014

[7] Arnaud Desjardins "Approches de la méditation" éd. La table ronde, 1989

[8] le livre fondateur du taoïsme écrit par Lao Tseu

[9] Etat de sérénité suprême que l'on atteint grâce à l'extinction des désirs

[10] "Au coeur de la tourmente, la pleine conscience: MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness" éd. J'ai lu, 2012. Je cite l'ouvrage de Jon Kabat Zinn le plus connu et surtout celui qui fonde - avec l'efficacité américaine que l'on connaît - la mise en place d'une pratique quotidienne de la méditation. Il y a bien d'autres ouvrages du même auteur qui, à juste titre, ont fait des succès de librairie. L'apprentissage des techniques de méditation par le système mis en place pendant 8 semaines dans la plupart des villes occidentales par des formateurs certifiés en "mindfulness" est performant, n'est pas très contraignant, ni très coûteux et est d'une efficacité exceptionnelle. On ne saurait que la recommander. 

[11] "Plaidoyer pour l'altruisme" éd. Le Nil, 2013

[12] "Connectez-vous à vous-même" Belfond, 2012

[13] " Le maître et le thérapeute", Jacques Vigne, Albin Michel, 1991

[14] "Guérir l'anxiété" Jacques Vigne, Le Relié,2014 p. 102. Voir également du même auteur, "La Mystique du silence" Albin Michel, 2003

[15] Fabrice Midal "Une spiritualité laïque pour l'Occident" L'OBS, Hors série, n°89 juillet-août 2015, p. 11

[16] Pratiqué par Jean Jacques Malangin, à Tapovan, Normandie

[17] Yvan Amar "La conscience corporelle" éd. du Relié, 2006, p. 36 et ss

[18] En médecine, on l'appelle la respiration de BIOT. En méditation, elle permet de rentrer dans un état de conscience profond si on réussit à maintenir l'attention bien réveillée.

[19] Dr Carl Simonton, Stéphanie Matthews Simonton et James Creighton "Guérir envers et contre tout" Desclée de Brouwer, 2000

[20] "L'amour, la médecine et les miracles" éd. J'ai lu, 1989

[21] Phakyab Rinpoché - Sofia Stril-Rever "La méditation m'a sauvé" éd. Le Cherche Midi, 2014

[22] "Prévenir le cancer, ça dépend aussi de vous" Pr David Khayat, éd. Odile Jacob, 2014

[23] Yoga basé sur les "yogas sutra" de Patanjali, texte fondateur datant de 2 à 5 siècle avant J.C. qui pose les principes d'une partie de la philosophie indienne

[24] C'est l'attribut du dieu Hermès

[25] Nombres 21, 8-9: Dieu dit à Moïse de placer un serpent d'airain sur une perche pour conserver la vie à ceux qui sont mordu par un serpent

[26] "L"éveil de la kundalini" Marc Alain Descamps, éd. Alphée, 2005, notamment p. 164

[27] voir note 21: le raja yoga ou yoga royal correspond au yoga décrit par Patanjali en 4 livres et 8 étapes dont notamment les règles pour une vie heureuse, la science du souffle, l'écoute sensorielle intérieure, le pouvoir de la concentration, etc,…


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